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À bien y réfléchir, je crois que le drame de ma vie est d'avoir hérité d'un corps dominant : qui parle à ma place, qui interfère dans mes relations et qui fait comme si je n'étais pas là.

J'ai tout fait pour le plier à ma volonté et le faire changer. À coups de talons aiguilles, de pinceaux, de vêtements serrés et de traitements douloureux. Mais il s'entête à me faire passer pour ce que je ne suis pas : un petit oiseau blessé, une bonne copine, une vaillante guerrière...
Tout ce qui ne connote pas " une nana ".
Juste ça.

Après presque trente ans passés à apprivoiser puis révéler ma féminité, je me rends compte que si je peux contrôler mon apparence, je ne peux pas modifier sa signification.

Ou alors il faudrait que j'infiltre l'esprit préconçu de les toutes personnes que je croise et je n'ai ni le temps ni le talent pour ça.

Je peux enfin assumer mon image et en être fière. Fut un temps où je n'osais même pas manger devant des étrangers parce que je trouvais ça gênant pour eux. Aujourd'hui, je m'amuse à poser et à m'exposer. Autant dire que je reviens de loin !

L'image évolue et les représentations persistent.
J'en ai sacrément marre de devoir redoubler d'imagination pour amener mes interlocuteurs à dépasser leurs à-priori.
Ça s'apparente à marcher sur un fil entre la Sainte Nitouche et la pauvre fille en manque.

Quand je repense à certaines choses que j'ai pu dire ou faire pour être considérée comme une proie potentielle, je ne suis pas forcément à l'aise. Même si je sais que sur le moment je n'avais pas d'autre option.
Ça va de la robe trop courte à la blague vaseuse. Certaines fois, c'était encore moins subtil que de se balader avec une pancarte disant " bonjour, j'ai un vagin."

Comment les représentations ont-elles pu me pousser à faire n'importe quoi ? À me justifier, jusqu'à oublier momentanément ma dignité ?

Mais peut-être que cela était nécessaire pour apprendre le plus important : on ne change pas les gens.

Quels qu'ils soient, les sentiments provoquent une sorte de gêne, pour celui qui les ressent et celui qui les reçoit.
Au lycée, j'ai nourri une extrême fascination pour les relations de couples, les puissantes amitiés et tout ce qui touchait à l'appartenance... Forcément, les choses sont toujours plus attractives de loin.

De tout mon cœur juvénile, j'ai un jour félicité ma meilleure amie de l'époque sur son nouveau petit copain.
" Je suis heureuse pour toi. Profites à fond. C'est la meilleure chose qui puisse arriver ! "

Mais mon entrain n'a pas été communicatif. S'ensuivit un silence gêné (et gênant), puis un simple " Merci mais tu sais, ce n'est rien. "

Il est possible que j'aie transféré sur elle ma propre conception du bonheur à ce moment-là ou simplement vécu la chose d'un peu trop près. Et si j'avais pu m'en rendre compte, je n'aurais peut-être pas eu honte de ce que je ressentais. 

Lâcher prise. S'acharner sur ce qui est à notre portée, au détriment des pensées bien ancrées et de tout ce qui ne dépend pas de nous.
On acquiert un vrai pouvoir de séduction le jour où on délaisse le combat contre l'opinion des gens au profit de son propre rayonnement.

Cet homme ne voit pas la femme merveilleuse que vous êtes ? Soit. Ne cherchez pas à le convaincre. Faites plutôt en sorte de rayonner, de dégager des ondes merveilleuses, en un mot : de vivre ce que vous êtes. Plus fort. Plus haut. Plus inspirant. Le constat de s'être lamentablement trompé sur votre compte sera mille fois plus efficace que votre belle détermination...

Pour la petite confidence, c'est l'une des raisons qui m'ont poussée à écrire : dire aux hommes qu'ils se sont trompés.
Pas question de vengeance ou de rancune. Un saupoudrage d'amertume suffit.
Mais j'ai eu besoin de me révéler. De dire haut et fort et prétentieusement que j'étais sans nul doute la meilleure chose qu'ils aient laissée filer.
Pour le coup, je me dispense de modestie car ça fait aussi partie du processus.

Après avoir passé mon adolescence et les trois quarts de ma vingtaine dans le filtre du regard des autres et des mentalités étriquées, je ne pouvais plus me taire. Il fallait que je lève le voile. Que je naisse.
La pression du paraître et des jugements m'a volé ces années d'insouciance, pendant lesquelles j'aurais dû vivre ma sexualité, alors ça ne pouvait pas durer !

Les gens peuvent se voiler la face tant qu'ils veulent, je ne vais pas attendre qu'ils se réveillent pour jouir de ma nature ! D'ailleurs je me passe de toute autorisation à être une femme. J'en suis venue à détester ce que je faisais autrefois : être dans l'attente de l'autre.
Quand j'ai commencé à fréquenter les boîtes de nuit, je venais tout juste de quitter la maison de mes parents. J'étais assez naïve et novice pour croire en l'acceptation de la différence et je ne pensais pas que j'aurais à faire la moindre concession sur ma personnalité pour trouver grâce aux yeux des gens... Ou ne serait-ce que pour établir un contact avec autrui.
Et puis sans le demander, alors que je venais pour m'amuser, laisser enfin libre cours à ma joie de vivre, je suis tombée sur des coincés. Des gars sympas mais rabats joie, malgré eux. Incapables de dépasser une espèce de fausse peur de l'inconnu, même avec 3 grammes d'alcool dans le sang.
Quel ennui !

Bizarrement, ils espéraient de toutes les autres nanas présentes qu'elles se dévoilent sans trop de résistance et quand moi je le faisais, ils tombaient des nues.

Tant que j'étais timide et juste heureuse qu'on m'offre un verre, ce n'était pas trop compliqué à gérer pour eux. Dans leurs propos enthousiastes, je les sentais même fiers d'avoir trouvé le courage de m'approcher.
Mais dès lors que je me montrais joueuse et désirante, parce que ça me venait naturellement, rien n'allait plus.
Les grands gaillards devenaient soudain secs, fuyants et réservés.

J'aurais volontiers cru que c'était juste une question de feeling si ce n'était pas devenu une habitude. Car chaque fois que je me montrais femme et accessible, je ne récoltais que de la gêne ou de l'indifférence.

Un jeune homme, apparemment mal dans ses baskets, me l'a un jour confirmé :
" Tu sais, quand tu m'as abordé tout à l'heure, je me suis senti violé. "

Drôle de façon de remercier quelqu'un qui vous a offert de l'attention...
Et surtout, je souhaite à toutes les victimes de viols d'être traitées avec autant de douceur, de timidité et de bienveillance que j'en ai eu pour lui.

Alors quoi ? J'aurais dû rester dans mon coin à attendre sagement que quelqu'un se décide à me parler ? J'aurais dû avoir honte de vouloir séduire et être séduite ? Les autres femmes avaient le droit d'user de tous leurs atouts, mais pas moi ?
Pardon, je ne savais pas qu'il fallait attendre le feu vert...!

Heureusement que j'ai fait du chemin, et pris assez de recul pour comparer les affreux complexes et névroses des gens à ceux qu'ils voulaient me coller. Et il s'avère que si je suis aussi téméraire, c'est parce que je suis bien dans ma peau.
Tout me prédestinait à être complexée et ça aurait été plus facile pour les autres que je le sois. Un joli sourire, un mot de réconfort et la demoiselle est ravie !...

Pas de bol : je suis une lionne affamée d'aventure et curieuse d'explorer toutes les parties, sensibles et morales, de son anatomie ravagée.
Sacré challenge pour les hommes, j'en conviens !

Mais c'est ainsi. Je ne peux plus faire semblant d'être ce que vous voulez. Je ne veux plus me contenter de ce que ces messieurs veulent bien me donner.

Allons, vous pouvez mieux faire, j'en suis sûre. Je vous vois faire avec les autres...

Lassée de passer pour la bonne copine de service à la recherche d'un peu de compagnie, aujourd'hui, lorsque je veux quelque chose d'un homme, je lui dis. J'y mets les formes, bien sûr, mais contrairement à ce que beaucoup de gens me conseillent, je ne prends pas ce qui vient dans l'espoir d'atteindre un niveau supérieur.

Ceux qui me connaissent bien savent que la courtoisie est mon deuxième prénom. Je ne fonce pas non plus tête baissée et j'apprécie d'abord une relation pour ce qu'elle est.
Mais si un homme me plaît, je m'arrange pour lui faire comprendre où je veux en venir... Une direction qu'il n'osera certainement pas envisager sans un indice de ma part.

Soyons honnêtes : ça ne marche qu'une fois sur dix mille, ce n'est pas facile du tout et ça provoque souvent le contraire de l'effet escompté.
Mais bon sang, il n'y a pas de plus belle marque de respect envers soi-même que d’honorer ses désirs !

Et oui ! C'est ce qui arrive quand une femme a été abandonnée sur le banc de touche, à regarder les autres prendre la place qu'elle convoitait : elle s'impose sur le podium.

Mon dernier exemple remonte à quelques jours seulement avec... mon opticien.

J'ai été charmé par le personnage bien sûr et surtout par son sourire caché, mais lumineux. À force de voir des visages à moitié dissimulés derrière un masque, j'ai presque oublié ce que ça faisait. Mais ce qui m'a davantage plu, c'est la spontanéité de la rencontre. J'avais oublié qu'une rencontre pouvait être simple et non préméditée, que la séduction n'était pas nécessairement " sexualisée ". Car on peut être séduit par un geste, une plaisanterie, un quiproquo...

Je ne suis pas dupe : la tchatche est une excellente stratégie de vente.

Advienne que pourra : cet homme m'aura au moins rappelée que je n'ai pas besoin d'en faire des tonnes ou de me déguiser pour susciter de l'intérêt chez l'autre.

En fait, on a beau faire ce qu'on veut, seule la magie de l'instant est efficace.

Néanmoins, je ne pouvais pas fermer les yeux sur mon ressenti. Prenant garde de ne pas tout gâcher, je lui ai fait comprendre que j'étais réceptive et ouverte à cette relation...
J'ai pris un risque. Le risque de jeter un froid, de paraître trop enthousiaste... Mais au moins, je n'ai pas rabaissé mes émotions ou mes désirs.

Et quoiqu'il arrive, cela me sauvera du regret ou de la frustration.
À l'heure actuelle, j'ai plus besoin de franchise que d'un homme dans ma vie.

Après une période de silence, en réponse à mon attitude entreprenante, ce cher opticien a finalement accepté de prendre un café avec moi. Aussi simple que cela. Ça nous a permis d’en apprendre suffisamment l’un sur l’autre pour voir s’il y avait quelque chose à tenter. Il s’est montré ouvert, et quelque part, heureux de pouvoir échanger quelques mots. Ainsi, j’ai pu voir qu’il n’était pas fait pour moi, puis passer à autre chose sans aucun regret. Je m’étais faite ma propre opinion et pour la première fois depuis longtemps, on ne m’avait pas mis de barrage avant que j’envisage quoi que ce soit. Les choses étaient claires : je n’irai pas plus loin. Pas de mystère. Pas de frustration. Pas de doute.

C’était un choix, pas un rejet.

Mon cœur est trop débordant pour se soumettre à quiconque.

S'il s'exprime, je lui donne la parole et s'il faillit, je viens en renfort. 

#coupdecœur #charme #noshame #jeteveux #whoamI