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Démente.
Folle.
Hystérique.

On n’a rien trouvé de mieux pour justifier le feu vif et dévorant de la femme, il y a une centaine d'années.
Si aujourd'hui on n'en fait plus une science avérée, ces qualificatifs sont trop souvent et facilement attribués à une femme qui se laisse aller, qui s'extasie, qui craque ou tout simplement, qui s'exprime.

Libre à nous d'en faire ce que nous voulons ! On peut recevoir cela comme des compliments, malgré que cela sonne comme des injures.

Pas facile, je vous l'accorde...
Mais après tout, si « démente » signifie « effrénée », « folle » signifie « sincère », et « hystérique » signifie « imprévisible », l'offre est à considérer. J'accepte toutes les injures !
Car peut-être que lorsqu'on a commencé à prendre conscience de la nature tempêtueuse du sexe féminin, on s'est aperçu que notre langue n'avait pas de mots justes pour la définir. Pas de mots assez poétiques, ni légers, ni percutants.

Ou peut-être que l'on n'a rien compris, tout bonnement.
N'est-il pas plus aisée de définir quelque chose en horreur plutôt que d'essayer de la comprendre ?
Et honnêtement, je vous pose la question : qui dans ce monde est déjà parvenu à comprendre une femme ? Je veux dire... totalement ?

D'après moi, si le Docteur Freud et ses disciples étaient aussi censés, honnêtes et futés qu'ils le prétendaient, ils nous auraient reconnu " le droit de craquer ".
Ils auraient autant considéré les symptômes, que les mille et une choses qui traversent le cœur d'une femme et qui font d'elle un être aussi palpitant.

Et je ne suis pas sûre que les hormones pèsent très lourds dans la balance. Pas plus que les élans d'amour, de joie, de peine, de culpabilité... Que sais-je ?
S'il plaît à certains de nous juger instables, soit. On n'est plus à ça près... Mais il faudrait également prendre en compte l'océan agité sur lequel on essaie de flotter.

Poussée par la détermination, l'envie de faire toujours mieux, pour les autres et de temps en temps pour soi.
Le vent des rêves en poupe, manquant de chavirer dans le tourbillon des ambitions, mais aussi des obligations et responsabilités. On essaie de saisir les opportunités au passage, avant qu'elles ne soient englouties par une vague d'amour et de passion.
Tentant de s'agripper à un horizon auquel on veut croire, alors qu'une tempête masculine nous assaille.
Prise dans le ressac des désirs et des instincts. L'éducation et les conventions à contre-courant.

C'est une bien belle image que la femme du 21ème siècle confirme par des faits. Par le récit de son parcours.
De la façon dont elle défend sa place dans le monde du travail ou dans le monde tout court. Sans cesse forcée de prouver ce qu'elle vaut, sa main de velours pressée contre les esprits récalcitrants.
Des nuits blanches qu'elle consacre à comprendre les hommes. Ou du moins, de tous les petits stratagèmes dont elle use pour tenter d'interpréter leurs faits et gestes, avec un optimisme délirant.
De la tourmente de vouloir tout et rien à la fois. À quel point elle est épuisée de s'épanouir et de répondre au nombre fascinant de ses désirs. Car les femmes oppressées souffrent autant que les femmes libres, mais d'une autre forme d'oppression. Il y a celles qui se préoccupent de leurs enfants et celles qui se préoccupent de ne pas en avoir, par exemple.
La femme du 21ème siècle racontera aussi le devoir qu'elle se fait, malgré elle, pour des raisons abstraites, de donner, prendre soin, soutenir.

C'est épuisant d'être une femme. Non pas parce qu'il faut se conformer à une norme prédéfinie ou parce qu'il faut cocher un certain nombre de critères pour prétendre au titre de " femme ", comme on veut souvent nous le faire croire. Mais parce qu'il faut être créative en permanence. Gravir des montagnes pour s'imposer, tout en se préparant à la chute. Improviser tout en préparant un plan B, C, D...

Chaque femme est une reine sur le point d'être destituée.
Une femme épanouie a autant de plans que de lettres dans l'alphabet.

Peut-être parce qu'elle a été conditionnée dans l'idée qu'elle revenait de loin et qu'elle vivait sur des sables mouvants. Dans la peur d'être remise en cause. Parce qu'on lui a maintes fois fait sentir que son "vrai rôle" n'était pas là...
Une sorte de vie en sursis. L'impression d'être un imposteur. Être plusieurs femmes en une seule.

Il y a effectivement de quoi devenir...folle !

Il y a plus de cent ans, on accusait de démence tout spécimen du sexe faible qui essayait de se libérer de ses chaînes. Car on n'avait rien prévu d'autre pour elle que le dévouement à son mari, sa famille, son foyer et à l'occasion, qu'elle épate un peu la galerie avec une pointe d'esprit et les bribes d'une culture dont elle ne savait que faire.
Aujourd'hui, on lui reproche presque d'être devenu le sexe fort, trop fort. Elle a conquis un champ de possibilités bien plus vaste dont elle se passionne et se surcharge. Une fois libérée, on l'accuse de ne pas pouvoir porter ses chaînes.

Dans tous les cas, on aurait une bonne raison d'être " folle " !

D'ailleurs, ne serait-ce pas ce petit grain piquant proche de la folie qui rend les femmes si mystérieusement indéchiffrables et passionnantes ?
Est-ce de la folie ou du charme ?
Les hommes savants ont-ils choisi de traiter des femmes d'« hystériques » simplement parce qu'elles leur échappaient ?...

Amitié ou solidarité féminine, je suis souvent la première oreille attentive à laquelle les femmes de mon entourage aiment se confier.
Nous avons quelques préoccupations en commun, mais chacune a son propre combat. Et même si je suis chanceuse de recevoir autant de confiance, il n'est pas toujours facile de trouver les mots justes.

Comment encourager et réconforter des femmes qui sont déjà au milieu de la bataille, qui ont déjà connu le pire ? Que puis-je leur dire qu'elles ne savent déjà ? Puis-je les emmener encore plus haut ?

La plupart du temps, on se sent spontanément obligé de les rebooster... On aimerait tant être positives et motivées en permanence.
Mais ce n'est humainement pas possible. Et pour rappel, la femme est humaine.
Être forte n'a rien de nouveau ou mystérieux pour elle. C'est probablement le sujet qu'elle a le plus buché dans sa vie. Alors elle n'a pas vraiment besoin qu'on le lui rappelle. Elle n'a pas besoin qu'on lui remonte le moral, mais simplement qu'on lui donne l'autorisation officieuse de ne pas être forte pour une fois. Voire même d'être ce qu'elle considère comme faible, désespérée, fragile. Pourquoi pas ? D'où vient cet obligation d'être toujours combative ? Qui peut oser nous en vouloir de ne pas l'être ?

C'est ainsi que j'ai découvert que le meilleur réconfort que je pouvais apporter à mes amis était le plus simple. Une sorte de résilience rythmée par des :
" C'est légitime de craquer. "
" Ne te gêne pas. Ouvre les vannes. Ça te fera du bien. "
Ou encore
" Est-ce que ça vaut vraiment la peine de lutter ? "

À cette question, les gens trouvent la réponse d'eux-mêmes, ce qui suffit parfois à les remotiver.

Fut un temps, je m'interdisais de craquer. Quel qu'en soit le motif. Des psychorigides m'ayant reproché de donner une piètre image de moi et de mettre les gens mal à l'aise, je réprimais toute émotion, de joie comme de peine.
Tandis qu’eux ne se gênaient pas...
J'éprouvais des émotions, fort heureusement, mais elles restaient bloquées à l'intérieur, me torturaient, sans que je ne puisse rien y faire.
C'est à l'âge adulte, en ayant l'impression de bouillir sur place, que rien ne se passait, ni en moi, ni autour de moi, que j'ai réalisé à quel point cela me faisait du mal.
Je ne me sentais pas vivante et pour cause : je ne me laissais pas l'être.

Comment le monde peut-il bouger si on ne le bouscule pas ? Comment les choses peuvent-elles changer si on ne les dérangent pas ?
Comment évoluer et ne pas souffrir sans cesse des mêmes maux si on n'exprime pas sa douleur ?

Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est que les gens que je côtoie, pour toujours ou pour un temps, puissent me connaître vraiment. Avoir accès non pas à la pire partie ni à la meilleure partie de moi, mais à ce que je suis. Purement et simplement.
Qu'ils sachent de quoi je suis faite !

Moi qui ai passé tant de temps à soigner les détails avant tout le reste. Qui me suis laissée convaincre qu'il fallait sauver les apparences, coûte que coûte. Au détriment de ce que je ressentais. Qu'il valait mieux mesurer chacune de ses émotions pour ne causer aucun trouble. Tout ce qui me fait du bien aujourd'hui est d'être moi-même et de ne rien retenir, ne rien cadenasser et de me libérer.

J'ai failli étouffer avec mes émotions. Au point d'être un jour prise de panique en me demandant si quiconque savait réellement qui j'étais. Si on s'était vraiment rencontré. Si j'avais déjà vécu dans ce monde...!

J'aimerais qu'on admette que l'aventure d'une femme à travers la vie est extraordinaire, dans tous les sens du terme. Et que la folie en fait partie ! Nul autre sexe, créature ou espèce n'est assez fou pour marcher dans les pas d'une femme.


Le sexe féminin se vit avec hystérie. Passant de l'innocence ignorante à la démence de tout connaître, la démence d'une femme qui compose avec les ténèbres de la maturité. 

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